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La modernité se caractérise par le dé encastrement du temps et de l’espace, auparavant indissociables, quand la vie ensemble était locale.
La révolution des moyens de transport et de communication au XIX siècle fait de la maîtrise de l’espace une dimension fondamentale en réduisant le rapport entre le temps et la distance parcourue. Il est d’autant plus important qu’on parvient plus à le détacher du temps.
La période qui a vu le développement de l’électronique et de l’informatique est nommée sur modernité, modernité tardive ou hyper modernité, car elle réussit à rendre l’espace potentiellement indépendant du temps.
Les sociologues définissent les pratiques politiques transnationales comme les différentes formes par lesquelles les migrants et les réfugiés participent à la vie politique de leur pays d’origine, directement, en passant la frontière, et indirectement, par l’intermédiaire des institutions politiques du pays d’accueil ou des organisations internationales.
Que peut signifier s’engager à distance dans une cause nationale ? Quelles en sont les formes ? Nous en distinguons deux principales : l’engagement aux côtés de l’Etat ou contre l’Etat.
Les conséquences de cet état de fait sur le maintien d’un lien malgré la distance sont évidentes : avec le pays, que ce soit avec la vie politique, économique, sociale et culturelle de son pays.
Ce qui était impossible ou presque il y a trente ans est devenu une réalité : il est plus facile, plus rapide et moins cher pour un congolais vivant à Paris ou ailleurs, de lire la presse congolaise sur Internet que d’aller chercher les journaux congolais dans un kiosque.
Il est important de signaler que les moyens de communication qui permettent de rester en contact ou d’être en temps réel ne se réduisent pas à Internet ou la messagerie électronique : ils englobent la télévision, la radio, le téléphone portable, la vidéo, le satellite…
Les migrants ou les descendants de migrants organisent leur présence dans leur pays d’adoption selon un rapport à l’origine et tente d’influencer la politique de l’Etat d’accueil en faveur de l’Etat, de la nation ou du peuple dont ils se sentent parents.
C’est cette activité de lobbying ethnique, dont l’influence croissante en raison de la légitimité qu’a acquise l’expression des origines dans l’espace public. Cette dimension est capitale.
Il y a eu, des multiples cas de tentatives d’influence des politiques étrangères par des groupes ethniques au cours des deux derniers siècles : nationalistes juifs, italiens ou centre européens, révolutionnaires du Printemps des peuples de 1848, émigrés antifascistes, antinazis ou anticommunistes…
Par ailleurs, il est impossible d’étudier ce phénomène sans prendre en compte la direction de cette influence. Ces groupes peuvent soutenir un Etat et sa politique ou mettre en avant un sentiment national de loin. C’est ce que l’on nomme le nationalisme transnational.
Il en est autrement quand des organisations en lutte contre un régime dont elles ne reconnaissent pas la légitimité exercent une pression sur la politique étrangère des pays d’accueil.
L’émergence d’une exopolitie modifie radicalement le sens du patriotisme à distance en mettant dos à dos la logique diplomatique d’Etat à Etat et celle de la légitimité.
Le succès d’un groupe exo politique dépend aussi de sa capacité à ne pas perdre le contact avec le pays réel car son but est toujours le retour.
La multiplication du nombre d’années d’exil et l’absence de relais politique dans un pays jouent en faveur d’un décalage de plus en plus grand, et non compensable, entre les deux.
L’engagement à distance pour un Etat dont on se sent individuellement ou collectivement proche peut prendre des formes différentes qui incluent par exemple l’élan humanitaire des Polonais d’origine envers leur pays sous la loi martiale en 1981 ou celui des Arméniens du monde entier lors du tremblement de terre de 1988, et plus récemment des Haïtiens d’origine envers leur pays.
Les associations locales et régionales organisent alors des ponts entre compatriotes pas nécessairement citoyens.
Il existe, au-delà du lobbying ethnique et de la compassion fraternelle, un engagement politique plus direct. Il se manifeste à travers la mobilisation financière à distance pour soutenir les politiques de l’Etat, notamment quand celui-ci est en conflit avec un autre ou en cas de crise majeure.
Le cas croate est ici intéressant. La sécession de 1991 est appuyée par des hommes d’affaires étrangers ( allemands, américains, canadiens) d’origine croate usant de leur influence auprès des services diplomatiques de leur Etat d’adoption pour accélérer la reconnaissance de l’Etat croate de Franjo TUDJMAN dont le parti, le HDZ, a été fondée en exil.
La guerre qui s’ensuit avec la Serbie de MILOSEVIC est également soutenue financièrement par ces compatriotes.
En ce qui concerne la République Démocratique du Congo, la vitalité de sa diaspora envers la mère patrie est remarquable.
La vitalité économique d’abord, point besoin d’insister sur la force économique inestimable que représente cette diaspora aussi bien en termes de ressources humaines que des activités économiques, sans compter le transfert d’importants sommes d’argent envoyé dans le cadre de l’assistance familiale. Ce dernier joue ici, un rôle déterminant dans le cadre de la politique sociale en République Démocratique du Congo, se positionnant comme le pivot central, d’amortisseur social de la nation congolaise.
La vitalité démographique enfin, plus de six millions de nos compatriotes vivent aujourd’hui à l’étranger. Ceci est une chance pour notre pays, dans le cadre de la mondialisation. Les crises financières et économiques que nous traversons, ont démontrées l’importance pour notre jeune nation d’avoir une diaspora non divisée. De fait, il est donc fondamental, que les droits de congolais de la diaspora soient améliorés à court terme afin d’atteindre leurs objectifs par des moyens pacifiques.
Ce qui est en jeu, c’est la reconstruction économique et sociale de la République Démocratique du Congo. Cette reconstruction ne saurait se faire sans la participation consciente et organisée des congolais de l’étranger qui sont longtemps restés spectateurs de leur propre développement.
Dans un environnement associatif relativement serein, avec la création des ONG qui s’accélère et le nombre d’associations qui ne cesse de croître partout, c’est la solidarité, la responsabilité et l’engagement personnel qui gagnent du terrain.
Aujourd’hui, dans un monde encore plus ouvert à la mondialisation des échanges, où l’espérance de vie s’accroit un peu plus chaque année, l’Etat n’a plus le monopole de l’intérêt général. L’Etat n’a pas d’autre choix que de partager la gestion de l’intérêt général avec le citoyen.
Et pourtant, en termes de dons d’argent et de bénévolat, la République Démocratique du Congo se situe à un niveau relativement bas ; elle pourrait faire beaucoup plus encore pour se hisser au niveau des pays les plus solidaires de l’Afrique. Encourager les générosités, sur toutes leurs formes, constitue donc un enjeu fondamental auquel nous devons travailler.
Parmi les piliers essentiels des institutions démocratiques figurent l’Etat de droit d’une part, et la solidarité sociale d’autre part. Le rôle du droit est, en particulier, de protéger les personnes et les biens. L’Etat de droit permet des initiatives et des responsabilités.
Il a conduit, dans tous les pays où il été établi, à la prospérité économique, en réduisant des inégalités qui nuisent à la cohésion sociale.
Le domaine de (l’amitié civile) autrement dit de la solidarité, en revanche, est celui du désintéressement, du don, de la disponibilité. Quatre grands principes en découlent : l’initiative, la responsabilité, la subsidiarité et la solidarité. L’implication des citoyens dans les responsabilités d’intérêt public et la vie démocratique obéit aux deux principes de subsidiarité et de solidarité. Contrepoids essentiels, ciments d’une société apaisée, le bénévolat et le don sous ses différentes formes (en argent, nature, organes…) constituent les fondements de la vie démocratique.
C’est pourquoi, nous souhaitons vivement que le gouvernement de la République Démocratique du Congo, engage un vrai dialogue avec sa diaspora afin de déboucher sur des faits concrets, par la mise en place d’un projet cohérent et d’une politique ambitieuse envers les congolais de l’étranger afin de mobiliser le potentiel que représente la diaspora congolaise, autours d’un projet de redressement de la nation.
Cette collaboration fruit du travail, mettra l’accent, sur la nécessité d’encourager les générosités, par une vaste campagne d’information, une meilleure structuration et une meilleure information sur les volontaires ainsi que sur développement du bénévolat en République Démocratique du Congo.
La diaspora congolaise souhaite apporter elle aussi, sa pierre à la reconstruction d’une société moins individualiste et encore plus solidaire.
Votre bien dévoué.
Me Willy BESSA MOKONZI Président de la Coordination Générale des Congolais de l’Etranger
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